Les repas avec votre enfant sont compliqués ? Il refuse des aliments ou certaines textures semblent lui donner des haut-le-cœur ? Quand la prise alimentaire devient un problème, les repas deviennent des moments de tension et d’inquiétude pour les parents. Un enfant très sélectif ou qui mange en très petite quantité, sans plaisir, peut présenter un trouble de l’oralité alimentaire. Le trouble alimentaire pédiatrique, bien connu des orthophonistes, est un dysfonctionnement de nature sensorielle : les goûts, les odeurs, les textures sont mal gérées par le système sensoriel de l’enfant. Cela provoque des réactions de dégoût ou des refus catégoriques au moment des repas. Voyons donc quel éclairage l’orthophoniste peut apporter, si votre enfant refuse de manger. 

Le trouble de l’oralité alimentaire 

Définition

Un trouble de l’oralité, c’est une difficulté en lien avec la prise alimentaire, à n’importe quel âge de la vie. L’appellation officielle est « troubles alimentaires pédiatriques. » 

Ce trouble peut être d’ordre « mécanique », quand il concerne la qualité de la mastication ou de la déglutition, par exemple. Mais il peut également être en lien avec la sensorialité. Dans ce cas, c’est la gestion des informations sensorielles qui est compliquée pour l’enfant (le goût, l’odeur, les textures, les couleurs). La réaction de protection la plus courante est alors un refus de manger. 

Refus de manger : Pistes explicatives

Le trouble de l’oralité se trouve au carrefour de plusieurs sphères (psychologique, sensorielle, mécanique) et qui peut également exister en réaction à une pathologie initiale (RGO sévère, par exemple).

On retrouve donc des notions d’oralité perturbée dans : 

  • Certains syndromes génétiques et certains troubles autistiques. 
  • Les contextes d’allergies alimentaires ou de pathologies ORL à répétition.
  • Les suites d’une pose de sonde naso-gastrique (prématurité, souvent) ou d’une atrésie de l’œsophage, par exemple . 
  • Le cadre d’un dysfonctionnement sensoriel de type hypo ou hyper réactivité. 

Parce que les pistes explicatives sont multiples, la prise en charge d’une trouble de l’oralité gagnera à être pluridisciplinaire. Plus elle est précoce, plus elle a de chances de succès. Ainsi, la prise en charge d’un enfant hospitalisé avec sonde peut avoir lieu dès l’hôpital, par exemple pour stimuler la zone bucco-faciale par des massages. Le but est alors d’éviter qu’un dysfonctionnement de l’oralité alimentaire ne s’installe.

Enfant qui a du mal à manger

Les symptômes d’un trouble de l’oralité

  • Très jeune, l’enfant ne porte pas spontanément les objets à la bouche pour les explorer.
  • Au moment de la diversification, le bébé ne veut même pas toucher les aliments avec ses mains. Plus tard, il ne supporte pas d’avoir les mains salies par de la terre ou du sable. 
  • Il ne montre aucun plaisir à passer à table et à goûter.
  • Il refuse catégoriquement les morceaux ou au contraire ne supporte pas la texture des purées semi-lisses. 
  • L’enfant exerce une sélection des aliments, qui se réduisent à une seule famille ou à une seule couleur. 
  • Les repas sont lents (parfois jusqu’à 1 heure), le bol alimentaire tourne longtemps en bouche avant d’être avalé (ou recraché).
  • Parfois, l’enfant a des haut-le-cœur, voire des vomissements pendant le repas. 

La présence de ces symptômes rend évidemment le moment du repas pénible, pour les parents et pour les enfants. La notion de plaisir est absente et les parents sont, en outre, inquiets de ne pas satisfaire aux besoins nutritionnels de leur enfant. 

Attention : l’alimentation est un processus d’apprentissage, du passage au biberon ou du sein, à la cuillère, puis aux morceaux. Chaque enfant peut donc tout à fait présenter une difficulté lors de ces paliers de progression, ce qui est normal. Il faut alors faire preuve de patience et accompagner votre enfant, sans le forcer. 

Néanmoins, si les difficultés persistent plus de deux semaines et que l’ambiance des repas se détériore, n’hésitez pas à consulter. Votre inquiétude de parent doit être entendue. 

Qui consulter si mon enfant refuse de manger ?

Si les symptômes que nous avons décrits vous semblent familier, il peut être intéressant de se tourner vers des professionnels formés au dépistage des troubles de l’oralité. Cela permettra de mettre le doigt sur la nature des difficultés et d’engager une prise en charge qui va soulager votre enfant. 

Plus la prise en charge est précoce, plus elle a de chances de succès ! 

Le médecin

La première case à cocher est celle du médecin pédiatre ou généraliste. D’abord, car il va effectuer un diagnostic différentiel et écarter certaines autres pistes explicatives pour ce trouble. Il va par exemple vérifier la présence d’un reflux sévère ou l’intégrité des organes masticateurs. Ensuite, parce que vous aurez besoin de la prescription de ce médecin pour accéder à un bilan orthophonique. 

L’orthophoniste

L’orthophoniste va ensuite pouvoir proposer à l’enfant un bilan des fonctions oro-myo-faciales et de l’oralité. 

Lors des séances, votre enfant sera exposé progressivement à différentes expériences sensori-motrices : de la « patouille », des balles sensorielles, des objets vibrants, des surfaces où marcher pieds nus… L’orthophoniste travaillera aussi avec lui les « outils » nécessaires à la mastication : les muscles du visage, le travail de la langue, le souffle, la déglutition. 

Enfin, elle va pouvoir surveiller la bonne mise en place du langage, qui peut être décalée en cas de troubles de l’oralité. 

Dans la prise en charge d’un trouble de l’oralité alimentaire, la consultation d’un psychomotricien, d’une psychologue ou d’une ergothérapeute peut également être indiquée.

Enfant avec des troubles de l'oralité

Comment aider mon enfant, s’il refuse de manger ? 

Aménager le temps de repas

Pour nous, les temps de repas sont des moments conviviaux, de plaisir et de découverte, voire de pause. Pour un enfant porteur de trouble alimentaire pédiatrique, c’est tout le contraire ! 

Le temps passé à table est multisensoriel, puisqu’il lui faut gérer en même temps les odeurs, les goûts, le toucher, la vue des aliments. Cela fait beaucoup pour un enfant hyper réactif. 

Alors, vous pouvez tout d’abord l’aider en aménageant les moments à table : 

  • Éteignez la télévision ou toute autre source de stimulation « inutile ».

Si le recours aux dessins animés ou aux livres constitue un bon moyen de diversion pour faire manger un enfant, cela ne lui permet pas d’avoir conscience de ce qui se passe dans son assiette. Il est en mode automatique et n’apprend pas à gérer les informations sensorielles associées aux aliments.

Si votre enfant a besoin de visualiser la progression du repas ou d’être stimulé par un aliment « copain », certaines assiettes offrent une mise en scène intéressante ! 

  • Laissez votre enfant explorer les aliments

Pour cela, incluez votre enfant dans la préparation des repas, incitez-le à toucher les ingrédients, à croquer. Au départ, le simple fait de vous voir préparer le repas est une très bonne chose pour se familiariser avec les aliments et stimuler son envie de participer.

Notre astuce : si jamais votre enfant émet l’envie de goûter, vous pouvez placer un petit morceau tendre directement entre ses molaires, pour lui épargner des efforts de langue. Cela lui permet de se concentrer directement sur la mastication. 

  • Oubliez la propreté !

Une fois à table, ne mettez pas un point d’honneur à ce que votre enfant mange « proprement ». Ce n’est pas la priorité. Souvenez-vous qu’on parle à ce stade d’expérimentation, d’oser toucher avec les mains des textures nouvelles. Dans cette optique, « patouiller » et recracher est permis ! Si cela vous semble compliqué en matière de logistique, n’hésitez pas à vous équiper en bavoir intégral et même en protection de sol !

  • Veillez à ce qu’il soit bien positionné

L’idéal est que l’enfant ait le dos droit et qu’il ne soit pas assis trop bas par rapport au plateau ou à la table. Un point important est l’appui des pieds. Il serait bon que votre enfant puisse poser ses pieds, qu’ils ne pendent pas dans le vide. Une bonne posture à table est importante pour respecter la chaîne posturale et pour faciliter les mouvements, sans compensation musculaire ou gestes parasites. 

Stimuler l’oralité dans la bonne humeur

En dehors des temps de repas, vous pouvez participer à stimuler les fonctions orales grâce à des outils spécifiques ou de petits jeux. 

  • Favorisez l’exploration de la bouche dès 3/4 mois en fournissant à votre enfant des accessoires de dentition, toujours sécuritaires, mais de gabarit différent pour varier les sensations en bouche. N’hésitez pas à caresser son visage, en lui chantant des comptines spéciales
  • Encouragez ce qu’on appelle la « patouille », dans le bain, le jardin, sur la plage ou avec de la pâte à modeler et du sable magique. Mélanger des textures, se salir les mains, écraser entre les doigts sont autant de sensations qui préparent à recevoir celles qui seront à gérer en bouche. 
  • Dès la première dent, proposez à votre enfant de se brosser les dents. On peut commencer par des petites brosses à dents à doigt, pour passer progressivement à une vraie brosse à dent de grand. L’essentiel est que cela fasse partie du quotidien et participe à « désensibiliser » la zone buccale. 

Notre astuce : Aussi surprenant que cela puisse paraître, certains enfants auront moins de mal à gérer les stimulations d’une brosse à dent électrique, plus « franches » que celles d’une brosse manuelle. À tester !

Si vous pensez que votre enfant est porteur d’un trouble alimentaire pédiatrique, ne tardez pas à prendre rendez-vous auprès d’un professionnel formé. En effet, face à un enfant qui refuse de manger, l’inquiétude, voire l’énervement peuvent vite arriver. En tant que parent, vous vous inquiétez pour la santé de votre enfant et c’est bien normal. Sachez qu’il existe des moyens d’action pour prendre en charge le trouble de l’oralité et restaurer une relation apaisée à la nourriture. De votre côté, vous pouvez aider un enfant qui refuse de manger en le stimulant par le jeu et en l’autorisant à faire des expériences sensorielles.

Ressources intéressantes

La recette de la pâte à patouille !